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LE FLAMENCO: ORIGINES ET HISTOIRE


1. DES ORIGINES AU XVIe SIECLE : L’Andalousie et l’arrivée des Roms.

L'Andalousie, berceau du flamenco: Un "creuset" de civilisations diverses…
L'Andalousie, depuis les temps les plus reculés, fut un lieu de passages et de rencontres et le creuset de cultures diverses qui vont, au fil des siècles, constituer le limon de cette terre fertile qui verra la gestation puis la naissance de ce que sera le flamenco.

Douze siècles avant Jésus-Christ, l'Andalousie est occupée par les Ibères (ancêtres des Espagnols). Les Phéniciens y fondent Gadès (l'actuelle Cadix) et introduisent dans le Sud de l'Espagne, les premières musiques orientales. Gadès sera surtout réputée pour son ambiance gaie et prospère, et aussi pour ses filles, belles et effrontées, chanteuses mais aussi danseuses qui ont triomphé notamment dans la Rome des Césars, telle la fameuse Telethusa. Selon un érudit du flamenco, Ricardo Molina, l'art bruyant de ces jeunes filles se reflète certainement dans le flamenco d'aujourd'hui: L'ambiance de fête, les cris, les battements des mains, les cymbales, les crotales, les cliquettes et les castagnettes… autant de manifestations festives que nous retrouvons sensiblement dans les fêtes d'aujourd'hui.

Dans ce "récipient" donc qu'est l'Andalousie, vont ensuite se succéder Carthaginois, Romains, Barbares de tous bords, Byzantins et autres Wisigoths qui y laisseront leurs empreintes successives.  Sous l'Empire romain, le commerce entre les pays du Proche-Orient et l'Andalousie est prospère et les Syriens y apportent notamment le christianisme et avec lui les premières inflexions du chant oriental.

Arrêtons-nous un instant sur la période byzantine qui est pour nous d'une grande importance. Pourquoi? Parce que c'est au VIe siècle que l'empereur Justinien 1er instaure le culte chrétien de Byzance dont le rituel et la musique ont contribué à l'élaboration du chant grégorien aux inflexions sonores plaintives et orientales et qui aura lui-même une importance non négligeable dans la constitution de certains chants de base du répertoire flamenco. En effet, la musique populaire andalouse va connaître la forte influence de ces chants liturgiques, au moins jusqu'au XIe siècle, et ce par l'intermédiaire de l'Eglise mozarabe liée aux Wisigoths (Les Mozarabes étant les chrétiens d'Espagne, qui, sous la domination musulmane, adoptèrent la langue et les coutumes arabes tout en conservant leur religion).

"Al-Andalos", ou l'occupation Arabe en Andalousie…

Puis, autre événement d'importance capitale: l'an 711 qui voit le débarquement Arabe sur les côtes Andalouses et la naissance d'une civilisation qui durant six siècles illuminera le monde entier de son éclat et donnera au patrimoine universel non seulement des joyaux artistiques, architecturaux et scientifiques mais aussi une magistrale leçon de tolérance et d'humanisme éclairé. Cordoue et Grenade, capitales religieuses, culturelles et intellectuelles vivent leur âge d'or et voient la cohabitation harmonieuse et fructueuse des trois religions monothéistes, ce qui donnera un "bouillon de culture" d'influence musulmane, juive, mozarabe et andalouse, bref une culture originale, subtile, complexe dont la matière première viendra également s'ajouter au "creuset" andalou et sera assimilée, pétrie par les Gitans qui y mettront leur propre levain.

Selon le citoyen moyen espagnol et les auditeurs plus ou moins profanes de cet art, l'influence arabe sur le flamenco est une certitude absolue. Pour les historiens et les érudits, cette influence est niée de façon tout aussi absolue. La vérité vraisemblablement se situe à mi-chemin: Dans le flamenco, il y a certainement la survivance de certaines modulations, lamentations et inflexions de la voix, ceci sans compter la survivance de certains chants d'origine arabe repris dans le répertoire flamenco tels les "zambras", "zéjeles", "moaxajas" et autres "jarchas" qui furent les chansons de l'Espagne musulmane. A cela s'ajoute l'hypothèse que si la musique de cour de l'époque était savante et particulièrement raffinée, il devait certainement exister une musique de rue, de bas quartiers,  bref une musique populaire au caractère festif et qui a  pu laisser son empreinte dans le folklore proprement dit.

Autre élément du "creuset" andalou, la musique judéo-andalouse, surtout religieuse. Rappelons que durant toute l'occupation arabe de l'Andalousie, à une époque où dans le reste de l'Europe sévissaient l'intolérance et les guerres de religions, les trois religions monothéistes cohabitaient dans la paix et le respect mutuel, Cordoue devenant même l'un des centres religieux hébraïques les plus importants de l'époque.  Les juifs, omniprésents dans la vie politique, économique et culturelle, eurent aussi certainement  une grande influence sur la musique, et l'on a pu détecter dans certains chants flamencos des traces de chants de synagogue, en particulier le très connu "Kol-Nidrei".

Toutefois, de l'occupation arabe en Andalousie, on retiendra surtout une date: L'an 822, qui verra l'arrivée en Andalousie et à la demande d'Abderrahman II, d'un certain Ziryab, d'origine perse, et dont le nom signifie "oiseau noir" en arabe. Excellent musicien, il s'établit à Cordoue, y fonde un conservatoire et crée un millier de mélodies alors qu'il en mémorise dit-on plus de dix mille.

Pourquoi ce personnage, Ziryab, nous intéresse-t-il particulièrement?


L'historien arabe Hamza Ibn Hassan Al Isfahani rapporte que le roi perse Bahram Gur qui régna vers 550 avant J.C., voulant rendre la joie de vivre à son peuple, fit venir dans son royaume 12.000 musiciens en provenance d'Inde (des Roms -ou Gitans comme nous le verrons plus tard), et qui s'éparpillèrent dans le pays tout entier y laissant un important héritage musical. Ziryab, qui était comme nous l'avons dit d'origine perse, adopta certainement ces mélodies dans son répertoire et les répandit en Andalousie. Il transmettait ainsi ces très anciennes  mélodies indiennes ainsi que la tradition persane que l'on retrouve notamment dans les tonás ou bien encore dans la technique vocale si particulière du cantaor flamenco.


Pendant ce temps, que se passait-il de l'autre côté de la planète?
1200 avant J.C., les Roms …

Dans la province du Pendjab, sur l'actuel Pakistan, se développait au IIe millénaire avant Jésus-Christ une brillante civilisation. Ses protagonistes, les Roms, sont d'excellents musiciens et danseurs, ainsi que d'habiles artisans qui fabriquaient, disait-on, des armes d'une rare perfection dont se fournissaient les rois de l'époque.

Comme nous l'avons vu, entre 1200 avant J.C. et le Xe siècle de notre ère, les Roms sont -pour des raisons qui demeurent encore obscures, voire inconnues-  chassés de leurs terres et jetés sur les routes entamant ainsi un long voyage qui du Pendjab, les  mènera à lentement traverser l'Asie et l'Europe. Ils vont suivre une route qui, partant de l'Inde, va traverser l'Afghanistan puis l’Iran, certains nomades arrivant à Byzance par l'Arménie, d'autres en Afrique du Nord par la Syrie et l'Egypte.

Ils arrivent en Espagne en traversant les Pyrénées et gagnent ainsi l'Andalousie où l'océan atlantique et le climat chaud les arrêteront.

Historiquement, on peut situer vers 1425 l'arrivée d'un premier groupe de Gitans provenant des terres françaises, car c'est à cette date que le roi d'Aragon Alphonse V le Magnanime ordonne un sauf-conduit qui laisse libre de mouvement "Jean d'Egypte" et le groupe qu'il conduit les aidant même à s'établir.

 L'arrivée des Gitans (Roms) en Andalousie…
Revenons maintenant à l'Andalousie, où "Al-Andalos" vit ses dernières décennies…
Nous sommes donc au XVe siècle de notre ère et les Gitans viennent d'y arriver… Que va-t-il se passer? Pourquoi s'arrêtent-ils? Sans doute parce qu'ils ont enfin trouvé une terre accueillante, un peuple tolérant, et que tout étrangers qu'ils sont, ils font finalement partie d'une mosaïque pluriconfessionnelle et multiculturelle.

Peut-être aussi, tout simplement, parce qu'ils ont reconnu cette musique qui leur est si familière, et que Ziryab a répandue.

Ils vont s'installer et connaître une période de paix et de prospérité durant laquelle ils vont véritablement absorber le folklore andalou aux si vieilles résonances orientales et y greffer leurs propres traditions musicales, donnant ainsi naissance au chant profond, le Cante Jondo, symbiose de la rencontre entre gitans et andalous.

Certains  flamencologues affirment que les Gitans sont seuls à l'origine du Flamenco. D'autres tout aussi spécialistes affirment qu'il ne serait que la continuation de la culture déjà existante en Andalousie. Aux affirmations péremptoires des uns et des autres, nous pouvons opposer une vérité qui se situerait à mi-chemin: Avec l'arrivée des Gitans, la culture folklorique andalouse a certainement subi une transition, une transformation, une évolution progressive, bref une "gitanisation" qui engendrera ces formes  nouvelles qu'on identifiera plus tard, aux alentours du XVIIIe siècle, sous le terme "flamenco".

Ainsi donc et dans l’hypothèse où les Gitans  ne sont pas directement à l'origine du flamenco, ils ont sans conteste donné à cet art sa structure et ses caractères définitifs.


1492 - La Reconquista et la fin du rêve d'Al Andalos.
La trêve sera de courte durée.
En 1492, avec la « Reconquista » (la reconquête de l'Espagne par les rois catholiques Ferdinand et Isabelle) et la prise de Grenade, le rêve d'Al Andalos s'écroule et l'Espagne tout entière entre dans une période d'obscurantisme dominée par l'Inquisition, et qui met fin à la tolérance et à la coexistence des Chrétiens, des Musulmans et des Juifs.

Commencera alors une longue période de quelque cinq siècles dominée par la marginalisation puis la persécution systématique de toutes les communautés errantes non chrétiennes.


2. DU XVIe AU XVIIIe SIECLES : La période obscure.

Répression et marginalisation…
Les rois qui succèderont à Alphonse V le Magnanime n'auront donc pas la même conduite généreuse, et le Pouvoir n'aura de cesse de persécuter le peuple gitan non pas tant pour les désordres qu'il crée ou les petits délits qu'il commet que pour son sens profond et absolu de la liberté, sa résistance à abandonner sa langue, ses coutumes, ses traditions, ses croyances et habitudes, bref à accepter une autorité et s'y soumettre.

Parallèlement,  en Occident, une politique de répression, voire de persécution, se met en place. Elle s’étendra sur une période de deux siècles, de 1550 à 1750.

En Espagne cette répression commence avec la Pragmatique de Medina del Campo émise en 1499 par les Rois catholiques Ferdinand et Isabelle et par laquelle on veut obliger les Gitans à se sédentariser et à adopter les coutumes locales.

Pendant les 250 ans qui suivront, chaque nouveau monarque émettra plusieurs pragmatiques à leur sujet, durcissant à chaque fois les peines pour non accomplissement. On aboutit à des mesures telles que l'interdiction de la langue (1499), l'obligation de se sédentariser (1499), l'obligation d'abandonner leurs métiers propres (1586, 1611), l'interdiction de l'habillement et de la musique et celle de vivre dans des quartiers à dominante non gitane (1633), la concentration des Gitans dans des villes autorisées (1717), l'obligation de travailler seulement dans l'agriculture (1717), un quota de familles gitanes par village (1745), etc.

Voilà donc la triste situation des Gitans durant ce que l’on appellera les « siècles obscurs » du flamenco, et qui verront la création d’une culture en marge de la société et qui est restée le fait de cercles fermés.

Dans ce contexte oppressant qui pousse les Gitans à une semi clandestinité, les grands chemins, les grottes, les champs, la rue, les faubourgs des villes constitueront leurs lieux de prédilection, lieux où ils vont étroitement côtoyer une autre population traquée, les Morisques ou musulmans christianisés, comme eux hommes de la rue et avec lesquels ils vont pouvoir cohabiter.

Pour survivre, ils vont accepter les travaux durs, et notamment la forge, et ils vont s'établir dans des ghettos à l'extérieur des murs des villes, tels le quartier de Triana à Séville, de Santiago et San Miguel à Jerez, et la Viña à Cadix. Leur isolement par rapport à la société a pour conséquence logique un développement artistique séparé, et c'est là que les premiers cantes verront le jour, que le cante primitivo naîtra, expression suprême et absolue du tragique de la condition gitane, de son quotidien fait de misère, de faim et de persécution:

En gitana soleá
Voy yo cantando mis dudas
Tantas, que no caben más. 

(Dans ma solitude de gitan
Je chante mes peines
Si nombreuses que je ne peux les contenir).

On peut alors affirmer que le flamenco naquit dans le secret du foyer gitan et dans la clandestinité.

 

3. DU XVIIIe SIECLE AU XXe SIECLE: Décadence et renaissance

1783 : la Grande Pragmatique de Charles III et la sortie de l’ombre.
L’an 1783 est une date clé dans l’histoire du flamenco. Pourquoi ? Parce que cette année-là la Grande Pragmatique de Charles III, qui déclare les Gitans égaux aux autres citoyens en droit, va faire sortir le flamenco de l’ombre.

Ainsi donc, après les siècles obscurs de la « gestation », on assiste et ce vers 1780-1810 à la « renaissance » du cante jondo et l’on est donc d’emblée confronté à un art « adulte » : Une musique complexe et difficile,  des chants particulièrement achevés et la cristallisation des formes et des structures.

On peut alors conclure que le flamenco est apparu d’un bloc, en l’espace d’une vingtaine d’années, à la fin du XVIIIe siècle. Son extension sera particulièrement rapide, favorisée par la guitare au XIXe siècle et par la danse au début du XXe siècle.


Age d’Or et décadence… Les cafés-concerts et l’Opéra flamenco.

Sorti de l’ombre, le chant flamenco devient peu à peu un spectacle que l’on pratique dans des salles réservées à cet effet et qui sont les « Cafés de Cante » qu’on appellera plus tard « café cantante ». On y propose des spectacles musicaux à une clientèle qui cherche à se divertir mais aussi à satisfaire une curiosité artistique et culturelle. Durant l’âge d’or, pas une ville andalouse ne manque de ce type d’établissements, et dans la seule ville minière de la Union, par exemple, on en répertorie 16 dans la même rue !

Comme au début du XIXe siècle le flamenco n’était connu que par les Gitans et dans les faubourgs des villes, c’est bien entendu un « payo » (non gitan) qui va diffuser le flamenco hors du monde gitan et des éclairés de l’époque : Silverio Franconetti va populariser et faire reconnaître le flamenco dans son café cantante le « Café de Silverio » , et pour le rendre plus accessible, il oeuvrera à adoucir la nature primitive et sauvage du cante en y introduisant des fioritures et en jouant sur la mélodie, ce qui donnera au chant une couleur plus dramatique que tragique.

Le revers de la médaille est que les interprètes, devenus professionnels, se retrouvent soumis aux lois du marché qui font de leur art un objet de consommation.

Le flamenco devient un véritable « business » que se partagent artistes, propriétaires de salles et organisateurs, et il prend dès lors un virage dangereux, celui de la mercantilisation et la massification.

Il est à noter que ce sont surtout les « Payos » les non gitans qui vont faire fonctionner le système car les Gitans se refusent généralement à entrer dans cette nouvelle dépendance, et c’est ce qui explique que parallèlement aux cafés-concerts, le flamenco authentique et pur continuera de se pratiquer dans l’intimité du foyer et lors des cérémonies et des fêtes.

On nommera cette époque « l’Age d’Or » du flamenco grâce au talent de certains de ses interprètes: El Fillo, El Nitri, El Pelao, Enrique el Mellizo, La Serneta, La Andonda, El Lebrijano, Juan Breva, Antonio Chacon et tant d’autres.

Il est à relever cependant que la pratique du flamenco devant un public peu ou guère initié conduira progressivement à la marginalisation des chants de base, les tonas et leur dérivés : les deblas, carceleras, martinetes, genres qui disparaîtront définitivement avec la période suivante, dite de l’ « Opérisme ». Ceci sans compter que les cafés mélangeaient les spectacles de « cante » authentique avec des représentations à caractère grotesque et parodique, dont le public était friand. Les Gitans seront par conséquent de moins en moins nombreux à apparaître sur les scènes, laissant la place aux Payos.

Cette période verra aussi la naissance timide de ce qu’on appellera l’Opéra flamenco, la forme sans doute la plus décadente du flamenco, qui promènera ses spectacles jusque dans les arènes de taureaux !

Sa principale figure de proue est Pepe Marchena, véritable leader et inspirateur de cette forme dégradée du flamenco, qui obtint beaucoup de succès en Espagne et à l’étranger.

L’Opéra flamenco a sévi des années 30 aux années 50 ce qui correspond à la période dramatique de la déchirure espagnole et de la guerre civile. Ce seront des années de médiocrité, ou la création fait place à la facilité, à la banalisation et à une certaine vulgarité, faisant du flamenco un divertissement superficiel et artificiel.


Federico Garcia Lorca : tentative de salvation:

 En cette période donc de « décadence » deux interventions majeures vont tenter de redonner au flamenco son authenticité originelle et contribuer à le faire connaître à un public plus « intellectuel », plus averti et plus apte à l’apprécier.

Il y aura d’abord le poète Federico Garcia Lorca qui avec Manuel de Falla et le peintre Ignacio Zuluoaga, créeront en 1922 le fameux Concours de cante de Grenade, qui essaiera de redonner –mais sans grand succès-  à cet art la pureté de ses origines, et puis Antonio Chacon, appelé Don Antonio Chacon en raison de sa connaissance encyclopédique de cet art, et qui créera des styles nouveaux et parviendra à intéresser, grâce à son talent et ses immenses qualités d’interprète, les classes sociales supérieures et les intellectuels.

Une poignée d’artistes authentiques, en cette période du règne de l’Opéra flamenco, résisteront non sans mal à l’appel des sirènes, avec à leur tête Tomas Pavon et sa soeur Pastora « La Niña de los Peines ». Tomas Pavon, par la pureté de son chant d’inspiration gitane contribuera à restaurer un certain nombre de styles passés aux oubliettes comme la « tona grande » et la « debla ». Pastora portera très haut l’étendard du chant flamenco authentique et gagnera l’estime d’un public connaisseur et exigent.

Les années 50 : retour aux sources.
Les années 50 verront le retour du flamenco à ses bases et données fondamentales en une tentative heureuse de retrouver les sources qui vont permettre à l’imagination créatrice de repartir de l’avant. Le flamenco délaisse alors les stéréotypes et les artifices du théâtre et se remet en quête d’une esthétique et d’une expression adaptées à de nouvelles réalités historiques sociales et culturelles. Le flamenco retrouve alors un public et un destinataire qui le vivent de l’intérieur avec respect, attention et intérêt. Ces années verront la prolifération des concerts, des conférences, des hommages, des publications, des enregistrements, des créations d’institutions etc. On y découvre des voix étonnantes, celles de Fosforito, de Juan Talega, des sœurs Bernarda et Fernanda de Utrera. On crée à Jerez une chaire de flamencologie et plus tard une Fondation andalouse du Flamenco. C’est aussi l’époque du développement des « Peñas » ou cercles flamencos, et surtout l’attribution de la « Llave de Oro » en 1962 au gitan Antonio Mairena, prestigieux cantaor qui réhabilitera les styles oubliés et enregistrera une anthologie historique qui est à elle seule une encyclopédie exhaustive du flamenco et publie en compagnie de Ricardo Molina « Mundo y formas del cante flamenco » considéré depuis comme un ouvrage de référence. On parlera alors de « mairenisme » en évoquant le rigorisme de Mairena et son refus irrévocable de toute compromission.

La fin du XXème siècle verra l’apparition de nombreux artistes flamencos de très grand talent. Citons pour la guitare : El Niño Ricardo, Diego del Gastor, Melchor de Marchena, Ramon Montoya, et beaucoup plus près de nous Manolo Sanlucar et le génial et révolutionnaire Paco de Lucia, Tomatito, Vicente Amigo, Enrique de Melchor, pour la danse : le couple Cristina Hoyos et Antonio Gadès, Mario Maya, Javier Molina, Matilde Corral, Antonio Canales, Rafael Aguilera, Joaquin Cortes, pour le cante : Terremoto de Jerez, Fosforito, Bernarda et Fernanda de Utrera, Enrique Morente, Chocolate, José Menese, El Lebrijano, Carmen Linares, José Mercé et tant d’autres, avec une mention spéciale à un artiste unique : Le Gitan Camaron de la Isla, disparu il y a une dizaine d’années.

On ne peut pas ne pas évoquer le « pseudo-flamenco » qui a fait son apparition dans les années 70 et qui a connu un succès considérable. Ce qui caractérise ce flamenco qu’on peut sans tort qualifier de commercial, c’est son ouverture sur les autres cultures musicales. Mais il faut insister sur le fait que ce processus, qui peut être enrichissant, doit être parfaitement maîtrisé pour qu’il ne se transforme pas en un genre hybride qui ne trouve ses repères nulle part. C’est ainsi que des groupes de « flamenco fusion » « flamenco rock » « flamenco jazz » « flamenco arabe » ont vu le jour : Ketama, Fragua, Pepe Nieto, Los Chobos, Pata Negra, Mano Negra, ou encore le flamenco manouche représenté en France par les Gipsy Kings, et, plus proches de nous, les « Ojos de Brujo » . Ces musiques restent à manipuler avec précaution. Si Ketama se prévaut de l’ascendance de la prestigieuse famille des Habichuela et si Ojos de Brujo a réussi une heureuse fusion du flamenco avec les styles en vogue de nos jours, il est à noter que ces musiques, en général mal maîtrisées, se retrouvent très loin des préceptes et du dogme d’Antonio Mairena !


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Une proposition de discographie :

Pour une découverte du vrai flamenco et pour ne pas se tromper, voici quelques interprètes qui sont des « valeurs sûres »

Bien entendu, les anthologies sont toujours utiles… mais pour le flamenco d’aujourd’hui, on peut sans hésiter collectionner les CD des artistes suivants :

Guitare : Vincente Amigo, Paco de Lucia, Moraito, Manolo Sanlucar, Paco Serrano, Paco Peña, Juan Carmona, Tomatito,

Cante : Enrique Morente, Duquende, Camaron de la Isla, José Mercé, Arcangel, Diego el Cigala, El Polaco, Ojos de Brujo, Remedios Amaya.

A écouter avec beaucoup de prudence et souvent à éviter : les flamencos « fusion » le flamenco arabe le flamenco jazz souvent très éloignés du flamenco et de qualité musicale extrêmement médiocre.

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bulletEtymologie
bulletHistoire et Origines
bulletClassification du Cante: L'Arborescence du Cante.
bulletClassification du Cante/ 1ère Partie: Les Chants Primitifs et leurs dérivés.
bulletClassification du Cante/ 2ème Partie: Les Fandangos et Dérivés.
bulletClassification du Cante/ 3ème Partie: Les Chants Flamenquisés d'origines diverses.
bulletPalos et Compàs
bulletLa trilogie du Flamenco: Cante, Baile, Toque.
bulletLe Duende - Rites individuels et rites collectifs
bulletIls ont dit... Ils ont écrit... sur le Flamenco
bulletGlossaire du Flamenco: De A à J
bulletGlossaire du Flamenco: De M à Z

 

 
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